BAC GIANG : PAGODE, CHANT ET ALCOOL

Être né dans le Kinh Bac est pour beaucoup de personnes un sujet de vanité. Cette ancienne région, située au nord de la capitale de Hanoï (Kinh = capitale + Bac =’Nord), sur l’autre rive du Fleuve Rouge, était le berceau d’une civilisation nationale florissante au lendemain d’une occupation chinoise de mille ans. Foyer politique, religieux et économique de longue date, elle abrite plus de trois cents vestiges culturels et historiques.

Elle englobe les deux provinces actuelles de Bac Ninh et Bac Giang : la première est une plaine deltaïque, la seconde appartient plutôt à la moyenne et haute région. J’avais plutôt un faible pour Bac Ninh que je connais bien du fait que mes parents y étaient nés. Inconsciemment, je lui attribuais tous les titres de gloire du Kinh Bac. Une récente visite à Bac Giang m’a dessillé les yeux. Celle-ci contient des trésors de culture tangible et intangible. De cet héritage traditionnel, je retiens particulièrement une pagode (Vinh Nghiêm), un chant folklorique (le quan ho) et une variété d’alcool de riz (le ruou Vân).

Les touristes qui admirent à Hô Chi Minh-ville la pagode Vinh Nghiêm, joyau architectural, ne savent pas qu’elle n’est que la cadette et une réminiscence de la Vinh Nghiêm de Bac Giang dont la première construction remonte au XlIIe siècle. Cette dernière était un dés premiers foyers du bouddhisme vietnamien, en particulier de la secte Thiên (Zen) vietnamienne créée par trois patriarches : le roi Trân Nhân Tông, deux fois vainqueur des envahisseurs mongols, les bonzes supérieurs Phap Loa et Huyên Quang (premier docteur ès-humanités) qui y firent un séjour d’ascèse et y ouvrirent la première école supérieure de bouddhisme du Vietnam. Vinh Nghiêm (ou Duc La) est bâtie sur une colline basse, adossée contre la chaîne de la Fée (Cô Tiên), au bord de la rivière Luc, non loin du confluent Phuong Nhon (œil de Phénix) où se mêlent les eaux du Luc et du Thuong. Elle s’ouvre sur d’immenses rizières qui ondulent jusqu’aux villages lointains drapés de bambous verts. On y accède par une large cour dotée d’une stèle de pierre hexagonale datant de 1606. Vinh Nghiêm présente quatre groupes architecturaux. Le bâtiment Thiêu Huong (où l’encens est brûlé) se distingue par ses somptueuses sculptures en bois laqué rouge et or ainsi que sa volumineuse crécelle de bois (pour la prière) laqué noir. Les statues de bois laqué fascinent par leur grande taille et leur expression. Celle de Trân Nhân Tông en position de méditation est d’une, beauté frappante.

Passons au chant folklorique quan ho, apanage du Kinh Bac que partagent quelque cinquante villages de Bac Ninh et Bac Giang. Au printemps, on chante dans les maisons, les rizières et les barques. Le village Thô Hà de Bac Giang a acquis de la réputation comme un des foyers traditionnels du quan ho qui se chante pendant quelques jours du premier mois lunaire, dans des barques et la cour de la pittoresque maison communale.

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La troisième richesse culturelle de Bac Giang est l’alcool de Vân (ruou Vân). Dans les cultures occidentales, le mot “alcool” a une connotation plutôt péjorative puisqu’il évoque l’ivrognerie, les soûleries et la déchéance qu’elles entraînent… Pour l’ancien lettré vietnamien, l’alcool, la guitare, la poésie et la peinture constituent des plaisirs nobles. L’alcool est la muse du poète.

Le ruou Vân est l’alcool de riz du village Vân, commune de Vân Hà, district de Viêt Yên, dont le secret de la fabrication datant du XVille -XIXe siècles s’est transmis dans chaque famille, de génération en génération. Secret transmis seulement aux enfants mâles et aux brus. Le village rend un culte à une dame d’origine chinoise, Nghi Diêt, consacrée Saint-Patron de la préparation de l’alcool. En 1932, au temps de l’administration coloniale, un homme d’affaires français a installé dans la région une distillerie prospère qui produisait de manière plus ou moins traditionnelle un alcool baptisé Vân Huong (parfum de Vân) et devenu célèbre.

La guerre nationale de résistance contre les Français a pris fin en 1954. Dans les années 70, la fabrication artisanale de l’alcool à Vân a subi un véritable déclin. Le gouvernement interdisait la production de l’alcool parce que celle du riz ne suffisait pas à nourrir la population. Avec l’essor économique dû à la politique du Dâi moi (Rénovation), l’alcool a connu un regain à Vân a partir des années 1980. Le métier gagne également le village jumeau Thô Hà dont la fameuse céramique traditionnelle a périclité parce que ses belles jarres n’ont pu parer le coup des articles en plastique. Il faut espérer que l’alcool tratitionnel de Vân pourra maintenir et augmenter sa clientèle d’amateurs face à l’offensive des boissons alcooliques industrialisées, locales ou importées : bière, vin, whisky, rhum, saké, vodka…

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