LE BÉTEL FACE À LA MODERNISATION

Prenez une feuille de bétel, un quartier de noix d’arec un petit morceau de racine d’atocarpus, une p.ointe de chaux éteinte et mâchez lentement. La mastication de la chique au goût amer-piquant vous donne une certaine ivresse qui active la circulation sanguine, fait briller les yeux de la femme, colore en rose ses joues et fonce le rouge de ses lèvres. Au bout d’une dizaine de minutes, on crache une salive vermeille de saveur âcre, et le résidu avec.

La médecine traditionnelle trouve dans le bétel des vertus préventives et curatives. Antiseptique, il chasse la mauvaise haleine, prévient la carie dentaire et les rhumatismes, calme les douleurs gastro-intestinales, sert comme emplâtre contre les furoncles et enlève les boutons de chaleur.

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Plus qu’un ingrédient médical ou un stupéfiant genre haschisch ou marijuana, le bétel a pris chez nous depuis des siècles, valeur de symbole. Symbole de fidélité conjugale, d’union fraternelle et de convivialité, symbole né d’une très vieille histoire que le peuple vietnamien s’est transmise de génération en génération.

Le bétel a profondément marqué notre culture traditionnelle au plan sacré comme au plan profane… Il fait partie des offrandes cultuelles déposées aux occasions solennelles sur l’autel des génies ou sur l’autel des ancêtres, en même temps que l’eau pure, les fleurs et le vin de riz. Quand on reçoit quelqu’un, on l’invite à prendre une chique de bétel et une tasse de thé avant d’engager la conversation. Le bétel exprime le respect quand il est présente aux supérieurs, le remerciement quand il est remis aux participants à un mariage ou un enterrement. Les femmes surtout mâchent du bétel toute la journée. Elles portent avec elles un petit sac de chiques attaché à leur ceinture. Quand vous avez accepté la chique de bétel offerte par une personne, vous êtes lié à elle par le “nghia”, obligation, dette morale. Se vous la rencontrez”. La pratique devient très sérieuse quand il s’agit de relations entre filles et garçons.

Les parents prudents conseillent à leur fille : “Une jeune fille ne doit pas chiquer du bétel offert par un inconnu”.

Quand une jeune fille offre une chique de bétel à un jeune homme, c’est un message qu’elle lui envoie, exprimant par là son vœu secret :

“Puisse-je devenir noix d’arec,

Puissiez-vous être transformé en gaine d’aréquier pour m’envelopper au fil des heures”.

Ou bien c’est un tendre reproche à l’indifférent :

“Du bétel, j’en ai, mais hélas pas d’arec !

C’est à toi de me colorer les lèvres en rouge”.

                                                                                                                                              (Chanson populaire)

Point n’est étonnant que le bétel ne peut manquer dans les cérémonies de fiançailles et de mariage. Il fut un temps où la famille du fiancé devait offrir à celle de sa future femme deux ou trois mille feuilles de bétel accompagnées de quelques centaines de noix d’arec.

La pratique du bétel a subi une première récession au cours des quatre vingts années d’occupation française. En ville, les mœurs s’étaient plus ou moins occidentalisées. On ne se laquait plus les dents en noir, en conséquence, on ne mâchait plus du bétel.

Après la Révolution d’Août 1945 qui a mis fin à la colonisation française, la guerre et les rapides transformations sociales ont bouleversé la société traditionnelle sans épargner les campagnes. À l’heure actuelle, seules des Vietnamiennes de plus de soixante ans chiquent du bétel, surtout dans les villages. Le commerce de noix d’arec et de bétel, jadis propère, dépérit. La nouvelle vague de modernisation, accentuée par le raz-de marée de la mondialisation, annonce-t-elle la mort de la chique de bétel ? Je crois que non. On chique de moins en moins, mais le bétel reste   présent dans le rituel des cultes et garde sa valeur symbolique. Les mariages snob les plus occidentalisés ne peuvent se dispenser du bétel et de noix d’arec.

Quel est le sort réservé au bétel chez d’autres peuples marqués par la culture du bétel ? Car l’aire culturale et culturelle du bétel dont G. Lebrun a dressé une carte d’extension englobe une vaste région du Sud-Est Asie- Pacifique avec le Dekkan indien, le territoire chinois au sud du Yangtsé, l’actuelle entité Sud-Est Asie, les archipels Micronésie et Mélanésie.

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