CONFIDENCE DE DAME TOUX

C’est avec beaucoup de plaisir que je revois mon amie Dam Thu, depuis neuf mois qu’on ne s’est pas vus. Une autre Dam Thu, rayonnante de santé et pas avare de paroles, au lieu de l’ancienne Dam Thu aux joues creuses et au teint pâle, qui toussait au point qu’une copine française la surnommait “Dame Toux”. Il est naturel que notre conversation tourne autour de cette métamorphose.

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Huu Ngoc (H.N.) : Je vous ai connue il y a bien longtemps, quand vous étiez à la section des relations extérieures de l’Union des femmes vietnamiennes jusqu’à votre retraite. Est-ce vrai qu’auparavant, vous aviez travaillé au Vietnam dans un laboratoire après vos études de chimie en France ?

Dam Thu (D.T.) : C’est exact. Je me suis détraquée l’appareil respiratoire pour avoir aspiré les odeurs de produits chimiques. Chaque fois que la sirène d’alarme annonçait l’arrivée d’avions américains, l’électricité était coupée alors que les expériences continuaient. Les ventilateurs ne pouvaient chasser les odeurs délétères. Chaque année, j’ai souffert trois ou quatre crises de bronchite ou de pneumonie aiguës. Malgré leurs fortes doses, les antibiotiques s’avéraient inefficaces. J’ai dû finalement dire adieu à la chimie. La bronchite et la laryngite étaient passées à l’état chronique. Avec l’âge, le moindre changement de température ou la moindre fièvre déchaînait des cascades de toux. Je faisais appel, sans grande conviction, aux antibiotiques.

H.N. : C’était pas facile de cohabiter avec la maladie pendant si longtemps !

D.T. : Très gênant en société. J’avais un complexe de culpabilité quand je toussais à plusieurs reprises. Il m’est arrivé une fois, en avion, de prendre, froid et de tousser. Ma voisine, incommodée, a cherché une autre place. Surtout, l’année dernière, pendant la vague du SARS, je me considérais comme une pestiférée quand il fallait voyager. L’administration continue d’antibiotiques et d’autres remèdes m’a soulagée un peu mais m’a causé aussi des troubles digestifs accompagnés de perte d’appétit, de lassitude et d’obsession de la maladie.

H.N. : Et puis c’est le tournant ?

D.T. : En 2003, pendant un séjour en France, une amie m’a passé quelques brochures sur les plantes médicinales à huile essentielle et sur la médecine douce en France. Je les ai lues avec beaucoup d’intérêt… En automne, un ami français, J.J. Marty, vint étudier au Vietnam les plantes médicinales essentielles. Je l’ai conduit à l’École de médecine traditionnelle Tuê Tinh et à quelques jardins de plantes médicianles. J’en ai profité pour faire connaissance avec les maîtres de notre médecine traditionnelle Tuê Tinh et Lan Ông, ainsi qu’avec des recettes de la médecine populaire. Marty m’a dit : “Vous toussez beaucoup et employez trop d’antibiotiques chimiques. Le Vietnam abonde en plantes essentielles d’un grand pouvoir bactéricide. Pourquoi dépensez-vous tant d’argent pour acheter les antibiotiques chimiques à l’étranger ? J’ai toujours traité la bronchite en France avec des plantes. Depuis trente ans, ma mère maintenant nonagénaire et moi n’avons employé que des médicaments d’origine végétale. Nous évitons ainsi les effets indésirables qui pourraient affecter le foie et les reins. Cherchez dans la pharmacopée traditionnelle du Vietnam. Il doit y avoir quelque bon remède végétal”.

H.N. : Ainsi, c’est grâce à un voyage en Occident et aux conseils d’un Occidental que vous êtes retournée aux sources de l’Orient ?

D.T. : C’est la vie ! J’ai fait un retour sur moi-même. Au cours des dernières années, sous l’effet d’une publicité massive et tapageuse pour les médicaments occidentaux, surtout sur le petit écran, ma mère et moi avons oublié que durant les longues années de guerre, les feuilles de mo long (abricotier à feuilles velues), l’herbe nho nôi (éclipta), le sài dat, le gingembre, le hung chanh ou menthe à goût de citron, avaient plus d’une fois sauvé notre famille. En 1978, lors d’une épidémie de dengue, mon tout jeune enfant en fut atteint. Sur les conseils d’un hôpital de médecine traditionnelle, je lui ai fait prendre le jus du rau ma (hydrocotyle) et l’herbe nho nôi comme antibiotique et fébrifuge. Pendant la nuit, pour pallier l’hypotension, je lui ai donné du jus de gingembre sucré. Pas de problème.

H.N. : Et votre cas ?

D.T. : J’essayais le tia tô, sorte de mélisse connue comme remède populaire contre la toux et condiment pour relever le goût des plats de poisson et de crustacés. À chaque repas, j’ai pris deux poignées de feuilles de tia tô hachées, crues, avec de la viande ou du miel. Grâce à son effet expectorant, les quintes de toux ont diminué de plus en plus et fini par cesser. J’ai passé l’hiver en toute tranquillité. Quand il faisait très froid, je prenais du thé de gingembre chaud. Depuis près d’une année, aux repas, c’est toujours le tia tô, un peu de gingembre, parfois de l’ail dans la saumure de nuoc mam. Chaque jour, je pratique les exercices psychophysiques de Nguyên Khac Viên, je me porte à merveille. En avril, je me suis risqué à aller à un concert organisé à l’Opéra de Hanoï. Durant toute la séance, je n’ai toussé aucune fois. Me voilà délivrée de mon complexe de la maladie.

H.N. : Félicitations. Je vais essayer votre tia tô parce que je souffre moi aussi d’une broncholaryngite chronique.

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