EN MARGE DE L’ANNÉE INTERNATIONALE DU RIZ

Sous la conduite de la FAO, l’ONU a consacré 2004 Année internationale du Riz. Ce choix n’est pas étonnant puisque plus de la moitié de la population mondiale adopte le riz comme alimentation de base. Le riz constitue d’autre part la principale source de revenus pour plus d’un milliard de personnes, concernant surtout les petits paysans. L’Année encourage une meilleure production de riz et un meilleur accès au riz. Elle vise d’autre part à contribuer à réduire la faim et la pauvreté et à conserver notre environnement dans les pays du riz.

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Il va sans dire que la décision de l’ONU intéresse directement le Vietnam, dont 80% de la population vivent à la campagne, essentiellement de la riziculture… Rappelons qu’au temps de la double administration nippo- française, le pays avait connu une famine coûtant deux millions de vies. La politique de Rénovation (1986) a mis fin à la disette chronique, faisant du Vietnam le deuxième exportateur de riz du globe. Il y a 6000 ans, dans le nord du territoire actuel de la Thaïlande, entre l’Inde et la Chine, le riz apparaissait comme herbe sauvage avant d’être cultivé par les hommes. Aujourd’hui, 90% de la région rizicole se trouvent en Asie où le riz nourrit 40% de la population du globe. Il se peut que les premières traces du riz remontent à la culture mésolithique de Hoa Binh – Bac Son (10.000-8.000 ans av. J.-C.). Ce qui est certain qu’à l’aube de la formation de l’identité vietnamienne dans le bassin du Fleuve Rouge au premier millénaire av. J.-C, à l’âge du bronze, la culture du riz ait marqué le Vietnam ainsi que les paysans voisins du Sud-Est asiatique.

Le riz est la trame de la vie quotidienne, de la vie du Vietnamien, de sa naissance à sa mort. Le mot “riz” doit être traduit par des mots différents (la plante de riz = lua, riz cru non décortiqué = thôc, riz cru décortiqué = gao, riz ordinaire cuit = com, riz gluant cuit = xoi). Autrefois, quand la mère n’avait pas assez de lait pour son bébé, elle lui faisait prendre du bouillon de riz, le lait animal étant ignoré. Quand le bébé avait quelques mois d’âge, la mère mâchait du riz à donner à l’enfant. Vers trois ans, l’enfant commençait à prendre du riz ordinaire cuit (com, sauf dans les montagnes où l’on consommait du riz gluant), et cela jusqu’à la fin de sa vie. Pour dire que quelqu’un est mort, on dit qu’il a mangé du xôi (riz gluant cuit à la vapeur), sans doute parce que le riz gluant sert d’offrande cultuelle aux morts.

Au Vietnam, on pratique la culture sèche sur les pentes de montagne, mais et surtout la culture irriguée dans les plaines, ce qui nécessite un bon système hydraulique. La riziculture vietnamienne a bénéficié de la Révolution Verte lancée dans les années 60, laquelle recommandait des mesures prises pour accroître le rendement : semences hautement productives, engrais minéraux, produits phytosanitaires, irrigation. L’IRRI (Institut international de recherches sur le riz) basé aux Philippines, y a contribué en développant de nouvelles variétés de riz à paille courte dont l’énergie de la photosynthèse va dans l’épi et non dans les tiges.

Dans les campagnes vietnamiennes, au lendemain de la Révolution de 1945 qui a mis un terme à la colonisation française, le gouvernement a favorisé l’organisation de groupes d’entraide agricole. Dans la moitié Nord libérée des Français, après la première guerre de résistance (1954), la réforme agraire a distribué la terre aux paysans. Aux années 60 s’est imposé le regroupement des terres distribuées en une ou deux coopératives de production agricole dans chaque village. Calquée sur l’organisation administrative, cette forme de coopération n’était pas une coopérative au vrai sens du mot puisque le foyer paysan individuel y était enrégimenté pratiquement par contrainte et n’avait pas le droit d’en sortir. Mais durant la guerre américaine de bombardement, cette formation économique a eu un effet positif. La main-d’œuvre masculine, mobilisée par l’armée, manquait. Les gros travaux (labour, hersages, moisson) étaient assurés collectivement. Le fruit des récoltes de riz était partagé à tous les villageois, aussurant la survie aux familles de combattant, aux foyers sans main-d’œuvre ni hommes.

Mais, à partir de 1975, à la fin de la guerre, ce modèle de coopérative n’a pas tardé à montrer ses faiblesses (création d’une couche de notables corrompus dirigeant les coopératives, manque d’intéressement matériel dans la production à cause de l’égalitarisme dans la distribution de la moisson). Aux premières années de la décennie 80, des paysans ne moissonnaient plus les rizières de la coopérative. Les coopératives ne pouvaient plus fonctionner d’autant plus que la malheureuse réforme monétaire de 1985 avait liquidé tout leur fonds par suite d’une inflation catastrophique de la monnaie.

Pour juguler une crise économique de quinze ans (jusqu’à 1995) et donner du regain à la riziculture en particulier, les autorités ont instauré la politique de Dôi moi (Rénovation) en 1986, politique à deux volets : adoption de l’économie de marché qui donne une saine concurrence grâce à la création d’un secteur économique privé, de la porte ouverte qui permet de sortir de l’encerclement économique des pays capitalistes. Se basant sur d’excellentes récoltes obtenues par les paysans privés, on a adopté cette initiative et rendu pratiquement la terre aux foyers paysans vers 1988. Succès spectaculaire : en 1989, le Vietnam a exporté 2 millions de tonnes de riz et il deviendra le deuxième exportateur de riz du monde.

Les foyers paysans sont devenus des unités économiques indépendantes. Le gouvernement n’a pas prononcé la dissolution des coopératives, mais beaucoup n’existaient plus que de nom, n’assumant que certains services à l’intention des foyers privés (labour mécanisé, fournisseur d’engrais, répartition de l’eau d’irrigation). La moitié du pays n’a plus ou n’a pas encore de coopératives. Plus d’une coopérative existante s’est fourvoyée en s’identifiant à la “société à actions” qui rejette les paysans pauvres.

En ce temps de mondialisation, c’est-à-dire de concurrence accrue, pour permettre au riz vietnamien de conserver sa place sur le marché mondial, nous devons bien organiser la production rizicole en réorganisant les coopératives qui doivent œuvrer dans l’intérêt des foyers paysans privés.

D’après Dào Thê Tuân, stratège rizicole de renom, il faut diversifier les coopératives (production, vente et achat, crédit élevage, etc…). “Dans le processus d’édification des coopératives, il faut disposer des formes allant de l’inférieur au supérieur, pour que les paysans des différentes régions puissent choisir la forme la plus appropriée. Avant de créer des coopératives, il faut créer des groupes d’entraide simples, de forme légale. De là, la nécessité de la juridiction pour les différentes formes de coopératives, non seulement pour la forme de coopérative la plus élevée… Nos paysans sont en train de créer une agriculture marchande. L’État veut développer une agriculture contractuelle pour aider les paysans à trouver un débouché. L’agriculture marchande est difficile à réaliser dans les conditions de l’instabilité des prix et du marché. La coopération des paysans pour participer au marché augmentera leur possibilité de marchandage et d’éviter la monopolisation du marché”.

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