LA GOURDE DES MANG ET LE DÉLUGE

Dans un marché de Diên Bien Phu, chef-lieu de la province frontalière Lai Châu, il m’est arrivé de rencontrer quelques Mang. On ne peut reconnaître les hommes parce qu’ils adoptent le costume européen, comme tous les hommes d’âge mûr ou jeunes d’autres groupes ethniques minoritaires. Au lieu des cheveux longs et d’un turban comme auparavant, ils ont des cheveux coupés court. Ils portent la chemise et le pantalon à l’occidentale au lieu de la veste et du pantalon large, teints en noir ou indigo.

Lai-Chau

Les femmes gardent le costume traditionnel : blouse avec deux rangées de boutons d’argent devant la poitrine, jupe noire ou indigo, jambières, collier et bracelets en argent, cheveux tressés en chignon sur l’occiput. Une pièce d’étoffe blanche brodée recouvre la blouse et la jupe à partir de l’aisselle, faisant l’effet d’une seconde jupe ou d’un tablier entourant le corps.
La minorité ethnique Mang ne compte que 3.000 individus au Vietnam, concentrés dans le Lai Châu. La croissance démographique est lente (300 individus en 20 ans : 1969-89 ; 700 au cours de la dernière décennie) parce qu’ils habitent une vingtaine de villages épars dans trois districts montagnards isolés (Muong Tè, Muong Lay, Sin Hô). Les Mang {Mang veut dire nomade), de la famille ethnolinguistique austroasiatique (Môn-Khmère), autochtones, étaient venus défricher la région depuis des temps immémoriaux, s’établissant d’arbord à Gium Bai, actuellement la commune Nâm Ban (district de Sin Hô).
Dans le riche folkore Mang, signalons en particulier la légende du déluge et de la Gourde Mère du genre humain, histoire transmise de génération en génération et connue de tout le monde. On raconte qu’après le déluge, il ne restait sur la terre qu’un jeune homme et sa sœur. Cette dernière refusa de devenir sa femme et sauta dans un bûcher pour se tuer. Le frère désolé, en fit de même.

Pour perpétuer l’humanité sur terre, Mon Ten (Ciel) prit une gourde pour y mettre des hommes. Il projeta le fruit sur la terre à travers un tube de bambou. Mais chaque fois que la gourde touchait le sol, elle était dévorée par le démon Ma Pinh (Pangolin). Mon Ten fit alors passer à travers le tube une citrouille verte chauffée très fort. Ma Pinh s’y brûla toutes les dents, ce qui explique pourquoi le pangolin est aujourd’hui édenté. C’est ainsi que la Gourde a pu atteindre la terre avec sa charge d’hommes devenus intelligents pour avoir avalé des perles. Ils sortirent par un trou calciné par le feu, les premiers ayant la peau noire à cause des traces de charbon, les derniers ayant la peau blanche. Par la suite, Mon Ten lâcha d’autres gourdes contenant les semences pour la culture.

Le groupe ethnique Kho Mü donne une autre version de la Gourde Mère. Il était une fois deux orphelins, un frère et une sœur, qui vivaient dans la misère. Un jour, ils attrapèrent dans la forêt la taupe Ma Sôt et voulurent la manger… La bête demanda grâce et obtint la vie sauve. Reconnaissante, elle leur révéla un oracle : un typhon allait tout noyer. Elle leur dit de se réfugier dans un tronçon de bois creux avec une réserve suffisante de nourriture, et de boucher ensuite les deux extrémités avec de la cire. Le conseil fut suivi. Le déluge passé, le frère et la sœur sortirent de la cachette. Comme il n’y avait pas d’autres êtres humains, ils durent se marier pour s’assurer une postérité. La sœur donna naissance à une gourde qu’ils mirent, selon la coutume, au- dessus de l’âtre pour la faire sécher. Le couple était intrigué, chaque fois qu’il rentrait des champs, d’entendre des rires et du bruit dans la gourde. Un jour, le mari perça un gros trou dans la gourde avec un poinçon chauffé à blanc. Les Kho Mü sortirent les premiers, suivis des Mang, des Thaï, des H’mông, des Lao, et finalement des Viêt, – les premiers avec la peau plus noire que les derniers.

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L’histoire de la Gourde Mère se rencontre chez beaucoup de groupes ethniques minoritaires du Nord-Ouest et dans d’autres régions de montagne du Vietnam, et aussi un peu partout dans le Sud-Est asiatique. Il se peut qu’elle marque le passage de l’étape de la chasse et de la cueillette à celle de la culture et de l’élevage, – l’interdit frappant le mariage du même sang -, en même temps qu’elle exalte la puissance mystérieuse des forces de la nature.
Dans d’autres cultures, le mythe du déluge revêt d’autres significations symboliques, en particulier celui lié à l’arche de Noé dans la Bible. Il dit souvent la justice pratiquée par un Être surnaturel, Dieu du Bien et du Mal qui châtie impitoyablement une humanité dépravée pour la remplacer par une meilleure humanité. Il est aussi le symbole de l’éternel recommencement de toutes choses.
Y aurait-il eu un vrai déluge dans la préhistoire ? Les anciens Grecs parlaient à ce propos de l’Atlantis qui se serait englouti à la suite d’un cataclysme. Il y a quelques années, dans Eclen in the East, le Dr. Stephen Oppenheimer a cherché à démontrer qu’un déluge avait fait sombrer dans l’océan le continent Sunda situé dans la région du Sud- Est asiatique, berceau de toutes les civilisations et non la Mésopotamie, la Grèce, l’Inde ou la Chine.

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