IMPRESSION D’AUTOUMNE: AUJOURD’ BUI ET HIER

Au début de cet automne, le “Concours de Mannequins – Hanoï 2000” s’est clôturé par une soirée au Palais culturel de l’Amitié, le 11 septembre dernier. A voir le public, en grande partie des moins de trente ans, se délecter du défilé de mode rythmé par la musique pop, j’ai eu une pensée insolite. Je me suis demandé : “Voilà comment nos jeunes accueillent l’automne. Comme ils sont loin d’avoir la mentalité de leurs grands-pères, pour qui l’automne était la saison de la mélancolie, de la séparation, de la nostalgie et du deuil. Pourraient-ils encore goûter “Vent d’automne” du poète Tan Dà, la chanson “Gouttes de pluie d’automne” de Dang Thê Phong, ou bien “Larmes d’automne” de la poétesse Tuong Phô ?

Dans les premières décennies du XXe siècle, parallèlement à la poésie patriotique se développe un courant qui répond à un certain individualisme introduit par la culture française, c’est-à-dire occidentale.
La petite bourgeoisie impuissante à secouer le joug colonial et social recherche l’évasion dans le rêve et l’expression des sentiments personnels.

La poésie chante une vague tristesse, les amours enfuies comme les feuilles d’automne. Les larmes coulent abondamment dans les vers à la manière de Lamartine, un siècle après son fameux poème “Le Lac”.

A voir: Vietnam voyager
Comme le confucianisme refoulait tout épanchement lyrique, ces poèmes, qui peuvent nous paraître aujourd’hui quelque peu désuets, semblaient singulièrement modernes pour l’époque.
Je pourrais citer comme exemple ceux de Truong Phô, une des premières femmes de lettres modernes du Vietnam.
De son vrai nom Dô Thi Dam, elle est née en 1900 à Thât Khê (Lang Son) dans les montagnes du Nord. Elle est célèbre par ses “Larmes d’automne” (Khuc thu hân), mélange de prose rythmée et de poésie écrit en 1923, publié en 1928 dans la revue Nam Phong.

Lang-Son-route

Elle y pleure son mari sur un ton romantique, mêlant ses regrets douloureux au sentiment que lui inspire l’automne. Ci-dessous, un extrait de cette œuvre qui a fait pleurer une génération :
“Tu es parti au seuil de l’automne, cette année-là L’automne est revenu et toi, point ne reviens Tu es parti, parti, et point n’est revenu Et l’automne me trouve, transie de ma tristesse Ton cœur s’en est allé avec eaux et nuages A qui puis-je désormais confier ma peine L’immensité du ciel et de la terre Garde à tout jamais notre regret d’amour La douleur a, pour toi, déchiré mes entrailles Par toi, au fil des jours et des mois Le chagrin noue un écheveau sans fin L’automne passé, j’ai pleuré Je pleure cet automne encore Au long des automnes perdus En mes larmes, je vieillirai
Amie des jours enfuis, derrière les monts tu es parti Où sont les images d’antan ?
Tristes monts, eaux glacées Herbes et fleurs se meurent Douleur poignante des adieux,
Nuages du soir, vent du matin
L’amour languit dans le désert des nuits sans fin
Vents, pluie, cœur en détresse
Quelle aiguille et quel fil pourront jamais
Redonner vie au cœur brisé.
La tristesse s’accroît quand l’automne revient La pluie tombe – larmes des amants séparés Les pleurs glissent
Les flancs verts des forêts, à perte de vue Se mêlent d’or
Sous la bise d’automne qui plie les roseaux Lacs et monts désolés, arbres, herbes s’éteignent La brume sur la terre s’étend à l’horizon A l’infini, glisse sur mille lieues, les routes de la vie Celui qui sur les pas d’une vie se retourne A le cœur étreint de douleur
Ce pocmc que Tuong Phô offre à travers ses larmes à son mari, rejoint ceux qu’adresse à sa femme, à la même époque, le poète classique Dông Hô.
Au-delà des liens conjugaux seuls permis par le confucianisme, ils annoncent les amours de tous les amants.
Décembre 2000

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*