Insolite et ironique

Mon feu ami le musicien Ta Phuoc ne jurait que par Saint-Saëns, “l’homme du monde entier qui sait le mieux la musique” selon Debussy. Qui pourrait penser que Saint-Saëns, champion de l’art pour l’art, avait quelque chose à faire avec Poulo Condor, qui pourrait associer la musique au bagne ? Grande est la surprise du visiteur de lire au Công quan de Côn Dao, maison des hôtes officiels datant de 1873, les mots suivants sur une plaque de cuivre (aujourd’hui disparue) : “Dans cette maison vécut le grand compositeur Camille Saint Saëns du 20 mars au 19 avril 1895. Il acheva l’opéra Brunehilda”. Certainement, Saint-Saëns aurait cherché son inspiration dans la nature sauvage de Poulo Condor et non dans l’atmosphère des bagnes qu’il ignorait sans doute et qui aurait mieux convenu à son poème symphonique “Danse macabre” !

D’autre part, les maîtres des bagnes ne manquaient pas d’humour noir, ils affublaient de beaux noms commençant avec Phü (riche, richesse) : Bagne NH1 (Phü Hai = Mer riche). Bagne N°2 {Phü Son = Montagne riche), Camp N°5 {Phü Phong = Vent riche), Camp N°6 {Phü An = Richesse et sécurité), Camp N°8 {Phü Hung = Richesse et Prospérité), etc.

Histoire et légende

Dès le IXe siècle, des bateaux de marchands arabes ont fait escale à Côn Dao. En 1294, à son retour de Chine, Marco Polo y a pris refuge par suite d’une tempête. Au XVIe siècle, une flotte espagnole, après la conquête des Philippines, a visité l’île. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les compagnies française et anglaise des Indes orientales y ont établi chacune un comptoir qu’elles ne tardèrent pas à abandonner pour certaines raisons. En 1787, l’évêque d’Adran (français), au nom du seigneur Nguyên Anh (devenu roi Gia Long) signa avec la Cour de Louis XVI un traité d’aide militaire à Anh dans la lutte contre les Tây Son, promettant de céder Poulo Condor et Da Nang à la France. L’occupation n’eut pas lieu, Louis XVI étant renversé par la Révolution de 1789. Elle ne fut réalisée qu’en 1861, plus de 70 ans après, au début de la conquête française du Vietnam. Un an après, Poulo Condor devint île pénitentiaire.

A voir: circuit vietnam nord | voyage Vietnam

En 1784, battu par les Tây Son, Nguyên Ânh se réfugia avec des débris de son armée à Côn Dao. Selon la légende, il aurait enfermé dans une grotte de l’îlot Hôn Bà (Ilot de Madame) une de ses femmes, Phi Yên, qui aurait refusé de laisser l’évêque d’Adran emmener son fils, le prince Cai, en France comme gage de la mission. Cai aurait été jeté dans la mer, remplacé par l’enfant d’une autre femme, Canh. Après le départ de Ânh, Phi Yen resta dans l’île jusqu’à sa mort. Elle est honorée comme déesse par la population.

Vo Thi Sau jouit du même honneur. Indomptable patriote, cette jeune prisonnière de 19 ans tomba sous les balles d’un peloton d’exécution français après avoir chanté l’hymne national et crié : “Vive Hô Chi Minh !”. Ses gardes lui attribuaient un pouvoir surnaturel après sa mort.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*