LES FRUITS DE PANCOVIER

De la fenêtre de mon petit bureau au deuxième étage, je suis la foulée de l’été hanoïen sur les arbres de la rue Trân Hung Dao, l’ancien Boulevard Gambetta pour les nostalgiques de l’époque coloniale. Il y a belle lurette que s’est éteinte, avec le cri strident des cigales, la flamme de quelques flamboyants. Déjà je vois poindre des fruits gros comme des billes dans la verdure émeraude des magnifiques pancoviers qui donnent l’ombre aux trottoirs.

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Xuân Diêu (1917-1985), chef de file de la “Poésie Nouvelle” du Vietnam, a consacré un poème aux jeunes fruits de pancovier. En voici quelques strophes :

“Au bout de la plus haute branche, des fruits petits, tout petits

Font comme des boutons verts

Sur la robe du ciel au bleu si clair

Le ciel sï large si grand de mille vastitudes

Se découpe dans V embrasure

Et les “qua sâu” si tendres si jeunes

En sont plus menus plus mignons

Il y a quelques jours à peine c’étaient encore des fleurs

Elles embaumaient tout à l’émoi

En un éclair et sans qu’il y paraisse

Des fruits étaient bel et bien là

O petit “qua sâu” si tendre si jeune

On ne le croque pas encore mais déjà il fond dans la bouche Il es g grand comme le ciel Et deviendra doux succulent”

                                                                                                                           (Traduction Mireille Gansel, 1967)

Le fruit vert de pancovier croqué avec quelques grains de sel flatte le palais des jeunes femmes enceintes, des écoliers et écolières. Chaque année, au temps de la cueillette, les gavroches hanoïens, lestes comme des singes, ne manquent pas de “braconner” sur les arbres en dépit de la vigilance des cantonniers et de la police municipale.

Le goût acide du fruit vert permet de préparer un bouillon très désaltérant pour les repas d’été, une exquise compote douce-amère (avec de la mélasse et quelques gouttes de nuoc mam, sauce de poisson) et même une sorte dé’confiture (ô mai) contre la toux. Le fruit mûr, plus doux qu’amer, est souvent servi au 8e mois lunaire, à l’occasion du Têt de la Mi-automne, fête des enfants.

Le pancovier (Dracontomelum duperreanum Pierre, en vietnamien cây sâu) peut atteindre plus de 30 m de hauteur. Il pousse à l’état sauvage, clairsemé, dans les forêts de Lang Son, Thâi Nguyên. Il trouve particulièrement à Hanoï un terrain de choix.

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