DANS LES HAMEAUSE TÀY DE BAC SON

… Qui reviendra à l’ancien district montagnard de Bac Son Se souviendra du temps où les feuilles de la forêt étaient teintées de sang. … Les guérilleros de la Révolution d’Automne

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Dont les drapeaux rouges à l’étoile jaune flottaient sur la zone de Combat O Bac Son, tombe de l’ennemi,
Bac Son ! forêts et montagnes de notre base militaire !”
Cette chanson révolutionnaire composée par Van Cao, l’auteur de notre hymne national, résonnait ce soir d’hiver là, auprès de Pâtre, dans une maison sur pilotis de Bac Son, district de la province frontalière de Lang Son. Nous frémissions d’enthousiasme en écoutant les voix vibrantes d’émotion de deux anciens combattants Viêt Minh de la première heure, deux écrivains septuagénaires, le Dr Hoai et son frère d’armes Hiên. Notre groupe d’excursionnistes était composé de Vietnamiens ayant participé à la Révolution d’Août 1945 et à la Première Résistance qui devait mettre fin à une domination coloniale française de quatre-vingts ans. Des amis français et américains s’étaient joints à notre pèlerinage.
Partis de Hanoï, nous avons fait 74 km en voiture pour arriver à la ville de Thâi Nguyen, chef-lieu de la province de Thâi Nguyên. Thâi Nguyen fut la première cité libérée dans la lutte menée par le Viêt Minh contre les Français et les Japonais depuis sa création en 1941. Au cours de la guerre (1945-1954), la région montagneuse du Viêt Bac au Nord du pays constitua la base principale dont Thâi Nguyên et Bac Can furent le bastion abritant le Q.G. Thâi Nguyên-ville aujourd’hui s’est relevée des ruines causées par les bombardements américains qui l’avaient rasée. Elle est fière, entre autres, de son Musée des Nationalités du Vietnam très bien documenté, de son industrie métallurgique et de son Ecole de Culture et d’Art des ethnies minoritaires.

De Thâi Nguyên, nous avons dévié à droite pour entrer dans la province de Lang Son. Après quelque soixante-dix-sept kilomètres de route très mauvaise, nous avons atteint Bac Son au coucher du soleil. Près de la rue du district, un village Tày qui garde presque la totalité de ses maisons en bois et bambou sur pilotis, chose rare dans la Haute Région du Nord où les maisons en dur bâties à même le sol souvent les remplacent, baignait dans lés brumes qui estompaient les hauts massifs calcaires couverts de végétation sauvage. Une véritable encre de Chine.
Pour comprendre le rôle joué par Bac Son et ses minorités ethniques pendant la Révolution, il importe de revenir à l’année 1940, quand l’Armée fasciste japonaise lança un ultimatum aux forces coloniales françaises occupant le Vietnam (et l’Indochine). Les Japonais déclenchèrent une opération d’intimidation en attaquant la garnison française de Lang Son. Celle-ci se replia vers Hanoï en passant par Bac Son. Les embryons de troupes révolutionnaires de Bac Son composées en grande partie de membres de minorités ethniques, soutenues par la population locale de la même composition ethnique, en profitèrent pour désarmer les troupes fuyardes et prendre le poste de Vo Nhai (près de Bac Son). De nombreux soldats indigènes de ce poste se rallièrent aux forces révolutionnaires.

Mais les Japonais bientôt achetèrent la complicité des Français pour juguler la révolution vietnamienne. L’insurrection de Bac Son fut matée. Mais les guérilleros de Bac Son, toujours sous le commandement de Chu Van Tân (un Nùng devenu plus tard général) devinrent la première Section des Combattants pour le Salut National (Cuu quôc quân) ; cette dernière, pour éviter la répression, dut se réfugier à la frontière chinoise d’où elle revint en 1943 pour mener sous le commandement du Viêt Minh des opérations de “propagande armée” dont l’efficacité a contribué à jeter les bases de la zone libérée du Viêt Bac. Fin 1944, sur l’ordre de Hô Chi Minh, Vo Nguyen Giap créa la première unité de Propagande armée pour la libération. En avril 1945, cette dernière fusionna avec les Troupes pour le Salut national pour devenir l’Armée de Libération du Vietnam.

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L’insurrection de Bac Son est un nouvel exemple illustrant une vérité historique : la solidarité traditionnelle entre le peuple majoritaire Viêt et les minorités ethniques. Solidarité économique entre gens de la plaine qui ont besoin de produits forestiers et gens de la montagne qui ont besoin de sel et d’outils en fer. Solidarité politique quand il s’agissait de lutter ensemble contre l’agression étrangère : contre les Mongols au XIIe siècle, contre les Ming au XVe siècle, contre les Français et les Américains aux XIXe et XXe siècle. La politique française et américaine “diviser pour régner” s’est avérée d’une manière générale inefficace.
Mais revenons à notre bref séjour au village Tày de Bac Son. Mes amis étrangers ont été particulièrement ravis par une veillée de cérémonie then organisée chez un particulier. Tout le hameau était là pour écouter le chant et la danse then. La cérémonie then à laquelle nous avons assisté fut organisée dans des buts d’exorcisation, afin d’éloigner les malheurs qui pourraient survenir au maître de la maison âgé de 53 ans (c’est l’âge néfaste). La dame then, d’une soixantaine d’années, en costume indigo, trônait parmi les offrandes : victuailles, fruits, objets votifs en papier, bougies, encens… Elle chanta un long poème qui dura des heures s’accompagnant d’un instrument de musique à caisse de résonance petite et ronde, muni d’une tige allongée. Elle commanda plusieurs danses très expressives. La cérémonie dura jusqu’à deux ou trois heures du matin.

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