LES RITES FUNÉRAIRES CHEZ LES TÀY

L’ethnie Tày, une des 53 minorités ethniques du Vietnam, compte un million d’habitants. Apparentés aux Nùng, ils vivent mêlés avec eux dans les vallées des haute et moyenne régions du Nord. Leurs rites funéraires présentent une certaine similitude, avec ceux des Viêt, peuple majoritaire du Vietnam. Nous en donnons ci-dessous des informations essentielles d’après une étude faite par Hoàng Tuân Nam (Viêc tang lê co truyên cua nguoi Tày, Edition Van hoa Dân tôc, 1999).

La mort est un événement marquant de la famille et même à l’échelle du village. Les funérailles sont en grande partie prises en charge par la société d’entraide villageoise (hôi làng), appelée encore société pour les funérailles {hôi hiêu). Un grand rôle est joué par les sorciers Thày Tao (ou Vo Tao). Le maître’ sorcier ou Say commande un groupe (Luc So) de 5 à 6 disciples qui jouent de la musique et chantent aux cérémonies. Plus ou moins lettré, il lit les idéogrammes chinois (han) et vietnamiens (nom).

Complétant les sorciers Thày Tao sont les maîtres des rites (Thây Lê ou Say Lê) dont chaque groupe comprend de 6 à 8 personnes (appelé aussi Tô bao hiêu = groupe pour exprimer la piété filiale). Leur organisation non lucrative vient en aide aux familles endeuillées (rites, musique, oraison funèbre). Les Say Lê portent un costume spécial : bonnet et robe à larges manches de couleur violette pour le chef, le même ensemble mais blanc pour les autres. L’orchestre comprend une assiette sonore en cuivre (thanh la), des cymbales (nao bat) un clairon (kèn).
Déroulement d’un enterrement
1. Avant la mise en bière
Le fils aîné ferme lés yeux au mort. Si quelqu’un meurt les yeux ouverts, son âme tourmentée ne peut aller au Ciel. On allonge le mort sur le lit, on lui pose les mains sur le ventre, on lie provisoirement ses deux pouces et ses deux gros orteils, on fait sa toilette et lui met des vêtements neufs. On lui enlève les dents artificielles car elles ne lui ont pas été données par l’Accoucheuse Céleste Bjooc. On met dans sa bouche une pièce de monnaie d’argent et une poignée de riz pour le voyage au Ciel. On le recouvre d’une nouvelle couverture et descend sa moustiquaire comme pour un sommeil ordinaire.
Le Thày Tao doit calculer pour savoir si le défunt est mort à une heure faste ou néfaste. Si c’est une heure faste, il faut organiser les funérailles sans tarder. Dans le cas contraire, on trichera avec le sort en choisissant une heure faste pour la mise en bière, prétendant que cette heure est l’heure véritable du décès. Le cercueil a été parfois offert au père (et à la mère) à l’occasion de leur fête de longévité à 61 ans. Si ce cadeau très précieux n’existe pas, il faut fabriquer un cercueil avec des planches destinées à cet usage, chez des scieurs de long.
Le cercueil est posé à une distance de 0,5 m devant l’autel des ancêtres sur deux troncs de bananier. Après avoir enlevé la poignée de riz et la monnaie des morts, on y étale au fond une couche de cendre sur laquelle on étend un linceul de gaze de 4 m de long, plié un deux. On lave le corps avec de l’eau parfumée, on délie les pouces et les gros orteils.

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1 La mise en bière
Le sorcier Thày Tan brandit son épée et crie : “Que l’âme du vivant dedans sorte et que l’âme du mort y entre”. Il aide le fils (héritier) à transporter le mort dans le cercueil et à le recouvrir de la moitié du linceul (jusqu’au cou). Un carré d’étoffe blanche muni de 5 trous (pour les yeux, les narines et la bouche) est mis sur le visage. Les deux côtés du mort sont bourrés de ses vêtements pliés. Une couverture recouvre le tout. Le couvercle (van thiên) du cercueil posé sur les parois est colmaté par une colle spéciale (mélasse de canne à sucre et eau de chaux). Il y est cloué avec des clous en bambou (et non en métal).
Le Thày Tao dessine en l’air, au-dessus du cercueil, le caractère phong ! (fermer) pour l’exorcisme. Le fils (héritier) trace sur le couvercle, côté tête, le caractère thuong (haut) pour indiquer la position exacte dans la fosse. Il met ensuite sur la tête du cercueil un bol de riz gluant coiffé d’un œuf de poule bouilli, ration de route du mort. C’est alors seulement qu’il est permis de pleurer. Le catafalque (nhà tang), demeure du mort en bambou et papier, recouvre le cercueil. Le fils (ou autre héritier) portant le deuil devient chef du deuil (tang chu). Il distribue les habits de deuil à la famille, par ordre de préséance.

2 Les cérémonies avant T inhumation
Le sorcier Thày Tao commence par dresser un autel pour présenter les requêtes au ciel (dàn sô). A la partie supérieure sont suspendues trois images des trois mandarins célestes présidant aux funérailles. À la partie inférieure sont celles de Trois Zones célestes. A gauche, celles des mandarins civils (cinq juges de l’enfer, trois mandarins Bourreaux à tête de buffle et à visage de cheval), et des émissaires célestes. À droite sont celles des mandarins militaires (cinq juges de l’enfer, trois mandarins bourreaux). Au pied de chaque image est un bol rempli de riz (pour y planter des baguettes d’encens), ce qui fait 23 bols. Comme il y a trois cérémonies, il faut changer trois fois de riz, ce qui fait au total 7 kg de riz x 3 = 21 kg de riz pour le (les) Thày Tao officiant (à la fin de l’enterrement).
On célèbre en général trois cérémonies :
Cérémonie d’appel de l’âme (le goi hôn). Elle a pour but de rappeler l’âme égarée du mort, qui pourrait être capturée par de mauvais démons. Ces derniers sont des morts méchants ou des esprits de plantes et d’animaux incapables de gagner le Ciel.
Le Say et ses disciples jouant de la musique officient devant la porte d’entrée de la maison du défunt, sur l’allée où est posé sur une natte un plateau d’offrandes cultuelles (tête de porc bouilli, riz gluant, alcool). Des baguettes d’encens sont allumées. Le Say danse en criant : “Que ceux qui par mégrade capturent l’Ame la relâchent /”. Parfois, il adoucit sa voix pour négocier avec les esprits. Au bout d’un instant, il s’arrête, se prosterne dans les quatres sens et déclare : “L’âme erre au loin”.
Avec sa suite et la famille, il rentre dans la maison et se dirige vers l’autel des requêtes. Il se prosterne pour demander l’aide des divinités. Le cortège se rend ensuite dans la cour où l’âme est emprisonnée dans un petit carré ceint d’étoffe blanche ; avec aux quatre coins, quatre bols représentant les quatre portes Nord-Sud-Est-Ouest. Le Say brandit l’épée, tenant dans l’autre main la tablette avec le nom du mort. Musique, danse, menace : “Moi, sorcier de tel ou tel grade, j’ordonne que les démons libèrent l’Ame de X”. Le Say fait quatre tours de la prison, brisant chaque fois un bol. Il soupire de soulagement : “L’âme est libre”. Le chef du deuil peut déposer la tablette funéraire sur l’autel des ancêtres.
3 Cérémonie de piété filiale (le bao hiêu).

Elle est menée par le Maître des rites qui doit d’abord installer un autre autel à l’entrée de la maison et rédiger l’oraison funèbre. En premier lieu, il “annonce aux ancêtres” (le cao to) l’identité du défunt et l’heure de sa mort. Suivent des rites compliqués : remise des bâtons de deuil, consécration du deuil avec port des habits de deuil (thanh phuc), lecture de la longue liste de tous les membres des familles paternelle et maternelle, déclamation de l’oraison funèbre, repas commun auquel est conviée l’âme, rite de la piété filiale (lê bao hiêu). Le clou de la cérémonie : le chef des Maîtres des rites lit un sermon rappelant les sacrifices du père (ou de la mère) ; à tour de rôle, les fils et les filles mariés, et leur époux, les filles veuves et remariées, les enfants adoptifs présentent leurs plateaux d’offrandes cultuelles et prononcent leur oraison funèbre. Tout cela dure presque toute la nuit.

4 Cérémonie d’adieu à l’âme (lê tiên hôn) ou rite du repas d’adieu (tê khau ngai) parce qu’on invite le défunt à prendre un dernier repas avec les vivants . Le Thày Tao invite tous les génies à ouvrir les portes du Ciel pour le défunt. Il pose sur le dos de chaque enfant une tasse d’alcool. Il prononce trois invocations, les enfants se redressent, renversant l’alcool : la route du Ciel est ouverte ! l’âme peut enfourcher une grue blanche fendant les nuages.
L’inhumation
Devant le catafalque, un représentant de la Société d’entraide villageoise lit l’oraison funèbre qui retrace la vie du défunt avec ses mérites et exprime le regret du village. Le Thày tao trace en l’air l’idéogramme khai (ouvrir). On enlève le soc de charrue en fonte sur le cercueil.
Le cercueil sorti de la maison est posé sur un assemblage de ram (tiges de bois ou de bambou) et recouvert du catafalque. Le cortège, dirigé par le gong du président de la société, se porte vers la montagne où se trouve le cimetière de la lignée familiale. Le catafalque sera brûlé avec tous les effets du mort. Le cercueil est descendu dans la fosse qui est comblée pour devenir un tumulus. On plante des baguettes d’encens sur le nouveau tombeau et les anciens tombeaux voisins.

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