L’ILE AUSE CONFINS DU SUD-OUEST

C’était le Têt de 2000, à Phü Quôc, île aux confins du Sud-Ouest de notre pays. Selon la nouvelle coutume, la population fit la visite du Cimetière des soldats tombés pour la Patrie pendant les deux guerres contre les Français et les Américains. Plus d’une femme aux cheveux de neige, se cramponnant à l’épaule d’un garçon, gravirent péniblement la pente pour pouvoir planter des baguettes d’encens sur la dernière demeure de son fils ou son petit-fils.

Phu-Quoc-plongée

Vu de l’avion, le cimetière ressemble à un bouquet blanc entouré de couches concentriques de fleurs blanches, d’une blancheur aveuglante sous le soleil ardent. Il est construit en 1984 sur la colline de la chapelle de la Demoiselle Sept, appelée ainsi en souvenir d’un petit temple en pierre où celle-ci avait mené sa vie d’ascèse. Au sommet du monticule, le regard peut embrasser la cuvette de Dông Duong, chef-lieu du district Phü Quôc de la province de Kiên Giang sur le continent, ainsi que l’ancienne base de guérilla, témoin des combats acharnés contre les envahisseurs qui s’étaient succédé : Français, Américains, troupes indigènes, débris de l’armée chinoise de Tchang Kaichek, Khmers rouges.
Au temps des Français et des Américains, Phü Quôc était une île pénitentiaire pour prisonniers de guerre, 40.000 P.G. des Forces de Libération du Sud Vietnam, y compris ceux venus du Nord vers les années 70. Le cimetière a pu rassembler des ossements pour plus de 2000 tombeaux. Les travaux de regroupement continuent, des milliers d’autres tombeaux seront construits. Le nombre officiel de P.G. morts devait dépasser 3000 ou 4000.

Sous le régime américano-saigonnais, le Camp de P.G. Cây Dua (Le Cocotier) occupait 5 km2, dans la région d’An Thoi au sud de l’île. Il faisait partie d’une zone militaire interdite protégée en outre par une couverture d’habitants catholiques émigrés du Nord. Outre de nombreuses unités navales, deux aérodromes fournissaient l’appui aérien aux forces de répression. En 1969, 19 détenus réussirent à faire une évasion sensationnelle. Pendant des mois, avec les cuillères de repas, ils avaient creusé 400 m de souterrain, tassant minutieusement la terre sableuse pour effacer toute trace du travail. Ils purent ainsi s’évader pour rejoindre le maquis.

Un autre titre de gloire de Phü Quôc, c’est d’avoir été une base de résistance de Nguyen Trung Truc, paysan-pêcheur qui avait le premier levé l’étendard de la lutte contre l’occupant français. Il réussit à brûler la canonnière “Espérance” et à tuer 37 soldats français avant d’être obligé de se retirer dans l’île. Les Français l’obligent à se rendre en arrêtant sa mère et ses sœurs, en torturant les habitants, menaçant de les tuer tous si la résistance continuait. Avant de tomber sous les balles du peloton d’exécution à Rach Giâ en 1868, il s’écria : “Quand la terre vietnamienne n’aura plus d’herbe, alors seulement il n’y aura plus de résistants pour chasser les Français”. Le nom de Nguyên Trung Truc est donné au principal pont d’An Thoi.
Outre les vestiges historiques, l’île de Phü Quôc (litt. Riche pays) large de 573 km2, nous séduit encore par ses paysages pittoresques et variés, très peu pollués par le tourisme à ses débuts. Nous pouvons y visiter des montagnes couvertes de forêts primitives et dotées de sources et de chutes d’eau (Suôi Tranh, Giang Tiên), des jardins de poivriers dont le produit est célèbre, des plages magnifiques, deux ports de pêche hauts en couleur avec leurs sympathiques bateaux. Pour avoir une idée de l’importance de la pêche qui fait vivre 65% d’une population de 70.000 habitants, il suffit de passer quelques heures au village de Hàm Ninh, à 13 km de Dông Duong. Entre les cocotiers chevelus du Pacifique se pressent des maisons juchées sur de courts pilotis. On attrape ici une espèce de crabes de mer appelés ghe dont la chair succulente est très appréciée dans tout le pays. M. Nguyên, 70 ans, nous présente sa petite entreprise privée. Originaire de la pointe de Cà Mau à l’extrême Sud, il avait été envoyé à l’île comme cadre révolutionnaire en 1953, pendant la résistance contre les Français. Il s’y est établi. Il a perdu un fils pendant la guerre, ses trois fils restants ont des bateaux qui alimentent son commerce et son élevage de fruits de mer.

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Phü Quôc est la reine de la sauce nuoc mam qui rehausse la cuisine vietnamienne. Nous avons visité l’atelier familial Phu Hiêp qui a produit le nuoc mam depuis trois générations et la compagnie Sasco qui vend chaque année un million de litres au pays et à l’étranger : France, Etats-Unis, Australie… Le procédé de fabrication par autolyse de poissons sous l’effet du sel, aucune autre matière chimique, reste traditionnel. La vue d’énormes fûts de bois contenant chacun 10 tonnes de poissons me rappelle les fameuses caves viticoles de Provence. La production du nuoc mam et celle du vin présentent beaucoup d’analogie : fermentation naturelle dans des fûts, appréciation de la qualité selon le terroir, la date et le goût…
Vingt-cinq ans ont passé depuis le retour de la paix. L’ancienne île pénitencière a changé de visage. En 1999, sa croissance économique a atteint 4%. La production industrielle surtout du nuoc mam, est évaluée à 138.222 millions de dôngs, les produits maritimes à 162.280 millions de dôngs, la production agricole et sylvicole a 57.000 millions de dôngs. Le tourisme naissant se classe déjà après le poivre et les fruits de mer.
Phü Quôc a deux compagnies étrangères : une de Taïwan pour la réfrigération de produits maritimes, et une de l’Australie pour l’élevage des huîtres perlières.

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