Ô BUFFLE, QUE JE TE LE DISE

Il m’est arrivé de voir un buffle et des bambous peints sur la cloison d’un avion volant de Djakarta à Padang.

Sans doute le buffle est un animal familier aux pays rizicoles du Sud-Est asiatique. Il marque en particulier la vie et le folklore du peuple vietnamien.

Il est le compagnon indispensale de notre paysan. “Toute fortune commence par un buffle”, dit un dicton vietnamien. Une très vieille chanson populaire exprime leur camaraderie dans le travail :

“Ô buffle, que je te le dise,

Viens dans la rizière et laboure avec moi,

Labourons et repiquons

Comme l’ont fait nos ancêtres

Ni toi ni moi n’épargnons notre peine.

Tant qu’il y aura des épis de riz Y aura des brins d’herbe pour toi, ô buffle”

Le cochon joue un rôle complémentaire de première importance dans l’économie domestique. Le paysan en élève un ou deux par an pour avoir un peu d’argent, juste de quoi suppléer aux dépenses de la famille. La récote de riz souvent ne fournit que la nourriture principale. Un vieil adage dit : “Elever le cochon, c’est comme mettre de l’argent dans la tirelire”. Celle-ci, en terre cuite, a d’ailleurs la forme d’un porc. Selon un proverbe, “les riches élèvent des cochons mâles tandis que les pauvres élèvent des cochons femelles”. En effet, l’élevage des cochons mâles demande plus de temps et de fonds alors que les cochons femelles grossissent plus rapidement dès le début et peuvent se vendre ainsi plus tôt. Un autre proverbe conseille : “Pour devenir riche, élevez les truies. Vous vous ruinerez si vous élevez les pigeons”.

Le cochon est l’un des personnages de l’ancien roman populaire “La querelle des six animaux domestiques” avec le buffle, le chien, le cheval, la chèvre et le coq. Une violente altercation s’élève entre eux, parce que chacun prétend rendre plus de service que les autres. A la fin, grâce aux explications du maître, ils font la paix et acceptent d’accomplir leur tâche sans se plaindre.

Le cochon est présent dans beaucoup d’activités familiales et villageoises, comme en témoigne plus d’une chanson populaire. La jeune amoureuse se plaint :

“On s’aime mais ne peut se marier,

Le cochon mal soigné a faim, les noix d’arec sont flétris.

Quand on s’unira sous le même toit,

Le cochon engraissera, les noix d’arec reverdiront”.

Le jeune homme, pour remercier la jeune fille qui lui a rendu un service, lui promet comme offrande pour son mariage :

“Un panier plein de riz gluant,

Un cochon gras et un vase d’alcool de qualité”.

Une fille reproche à sa mère de vouloir la marier à un richard :

“Ma mère convoite le panier de riz gluant bien cuit,

Le cochon bien gras et la monaie de Canh Hung”.

Le cochon compte parmi les trois victimes des grandes cérémonies rituelles (cochon, bœuf, chèvre).

Pour les banquets de mariage, la famille du marié offre à celle de la mariée du cochon et du riz qui comptent parmi les arrhes matrimoniales. La viande de cochon est un luxe pour le paysan dont l’ordinaire consiste en riz et en légumes avec de temps en temps du poisson. Aussi profite-t-il des fêtes pour en mettre les bouchées doubles. Au Têt, du porc gras ne peut manquer dans la farce du pain traditionnel “bânh chung”.

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La tête de porc cuit revêt une valeur symbolique dans certaines circonstances. A la maison commmune, après le sacrifice du cochon bouilli, la tête de ce dernier revient de droit au premier notable du village tandis que le reste de son corps est partagé entre les autres membres de la commune selon un ordre hiérarchique rigoureux. C’est une question de prestige car :

“Un morceau au vu et au su du village vaut mieux qu’un panier plein dans un coin de la cuisine” (Proverbe)

Au lendemain de la nuit de noces, les nouveaux mariés rendent visite aux parents de la mariée, leur offrant comme cadeau cultuel entre autres la tête d’un porc laqué. Si celle-ci a les oreilles coupées, c’est signe que le marié a constaté la veille que sa femme avait perdu sa virginité. La faute est imputée à la belle-famille.

Le pied de porc sert à préparer une soupe de riz lactogène pour les mères qui viennent d’accoucher et aussi un fameux plat : le ragoût de pieds de porc en faux gibier (gia cây).

Longue est la liste des plats à base de cochon, dont le condiment essentiel est souvent l’oignon : pâté de porc bouilli (gio) ou grillé (cha), travers de porc à la citronnelle, cochon de lait laqué, vermicelle avec grillade de porc (bün cha), porc au caramel, aspic de porc, soupe aux tripes…

Citons quelques expressions et autres proverbes inspirés par le cochon. Ngu nhu Ion signifie : bête comme un porc. An nhu Ion veut dire : vorace comme un cochon. Lon doi mot bua bang nguoi doi ca nam : si le cochon a faim une fois, c’est comme si l’homme jeûnait toute une année. Gai sê (fille-truie) désigne une femme qui a perdu la ligne après de nombreux accouchements. Lon gid, bd bap (Pied du porc, cuisse de bœuf) indique les meilleurs morceaux de ces bêtes. On se moque d’un maladroit en disant : “Lon lành chua thành lon quèn (Pour le guérir, on transforme un cochon valide en cochon boiteux).

Celui qui est né sous le signe du Cochon (année Hoi), animal de principe femelle Yin, a des chances d’être nonchalant, un tantinet fainéant. Sans doute parce que l’heure Hoi (du Cochon) se situe entre 21 et 23 heures, au moment où l’on somnole ou dort déjà !

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