PANORAMA INSULAIRE DU VIETNAM

La psychanalyse nous apprend que l’ile évoque l’idée de refuge, de mystère, de rêve, de félicité utopique et d’aventure. La littérature universelle abonde en œuvres traitant de ce thème. Citons en passant The Island d’Aldous Huxley, symbole des pays sous-développés qui savent doser innovations et tradition, le Treasure Island de R.L. Stevenson si cher aux enfants, l’Ile des Pingouins où Anatole France fait la satire de la civilisation occidentale, The Island of Doctor Moreau où Wells raconte une histoire fantastique à base scientifique, I’Ile mystérieuse de Jules Verne, Robinson Crusoé de Defoe qui chante l’intelligence inventive de l’homme civilisé. Les anciens Grecs imaginaient l’île du Bonheur, séjour des mortels favoris des dieux. La Chine antique créait l’Ile des Immortels “Bông dao” où s’élevait le Mont Bông Lai aux courbes gracieuses. Hô Xuân Huong, poétesse vietnamienne érotique du XVIIIe siècle, y a fait allusion quand elle décrivait une jeune fille montrant sa gorge pendant la sieste : “Sur les deux mamelons du Mont Bông, la rosée n’a pas encore perlé” – i.e. la vierge n’a pas encore de lait ( Hai go Bông dao suong con ngâm).

Le Vietnam égrène plus de 2.000 îles au long de ses 3.000 km de côte, mais le peuple vietnamien est plus continental qu’insulaire. Riziculteur, au fil de son expansion territoriale, il a évité le nord dominé par le géant chinois, l’ouest montagneux “hanté par les fantômes malfaisants et affecté par les eaux pernicieuses” (ma thiêng nuoc dôc), la Mer de l’Est qui ne le tentait pas parce qu’il n’avait pas l’esprit aventurier des Malais. Il a préféré pousser vers le sud, la chaîne des plaines côtières l’intéressait beaucoup plus que les îles.
Dans le folklore vietnamien, l’histoire de la pastèque est l’un des rares contes ayant trait à une île. Au temps des rois semi-légendaires Hùng Vuong, le 18e monarque, combla de faveurs son fils adoptif An Tiêm. Victime des calomnies de courtisans envieux, ce dernier fut exilé sur une île déserte avec sa femme et ses deux enfants. Il s’éfforça de les nourrir avec les produits de la cueillette et de la chasse. Heureusement, des oiseaux venant de l’ouest leur apportèrent des graines de pastèque. La culture de cette plante inconnue devait leur assurer une vie stable, surtout grâce au commerce du fruit avec des marchands étrangers qui avaient découvert l’île par hasard. Ce fut sans doute le début de notre commerce extérieur.

Historiquement, notre premier port de commerce extérieur fut l’ile Vân Dôn, au large de la province de Quang Ninh, déjà fréquentée par des jonques marchandes étrangères dès le Xle siècle. Mais au XVIIe siècle, Phô Hiên, dans l’hinterland deltaïque du Fleuve Rouge, finit par éclipser Vân Dôn. Le plus grand titre de gloire de Vân Dôn, en tant que base maritime, fut d’avoir vaincu deux fois les agresseurs chinois aux Xle et XIIe siècles. Depuis une dizaine d’années, il se distingue comme centre important d’élevage d’huîtres perlières et de production de perles.

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À quatre heures de canot de Vân Dôn se trouve Cô Tô, l’île extrême- orientale du Nord Vietnam. Désertée par une ancienne colonie chinoise de pêcheurs et de commerçants, elle a été repeuplée par des migrants venus de la côte et du bas delta du Fleuve Rouge. J’y ai visité en pleine mer le bateau- vivier d’un couple d’anciens fonctionnaires démunis abandonnant leur village catholique de Nam Dinh. Ils se sont enrichis en élevant des poissons et des crustacés. Leur cas n’est pas unique. Inutile de parler des îles aux formes fantastiques de la baie de Ha Long, huitième merveille du monde, à laquelle les images somptueuses du film français Indochine (avec Catherine Deneuve) ont rendu hommage.

Au sud-ouest de cette baie et à 30 miles de la ville portuaire Haïphong, l’île Cat Bà m’a offert les plaisirs multiples de ce parc national sans égal au Vietnam avec ses fjords encaissés entre les parois rocheuses, ses jolis mini- plages, ses forêts vierges, sa flore de 620 espèces et sa faune de 20 espèces de bêtes sauvages, 69 espèces ornithologiques, 20 espèces de reptiles et d’amphibies.
En dehors des îles Hoàng Sa (Paracels) et Truong Sa (Spratley), deux autres îles présentent une importance stratégique particulière, Côn Dao et Phu Quôc, qui étaient malheureusement au temps de la colonisation et de ses guerres deux îles pénitentiaires de sinistre mémoire. Je ne pourrais jamais oublier ma première visite à Côn Dao, à 230 km de Hô Chi Minh-ville. J’ai voyagé dans un hélicoptère militaire usé à tel point que l’eau de pluie suintait à travers la carlingue, – l’armée assurant la liaison Vung Tàu-Côn Dao deux fois par semaine. Le tourisme commençait à peine. Mon impression est que c’est un enfer avec les vestiges des prisons pour condamnés politiques et de leur torture, et un paradis avec un climat doux, la forêt vierge, les plages ensoleillées et la solitude des temps primitifs.

Phu-Quoc-ile-de-perle

Phu Quôc était aussi une île pénitentiaire où furent enfermés quelque 40.000 prisonniers de guerre des troupes de libération du Sud Vietnam pendant la guerre américaine. Environ trois ou quatre mille d’entre eux dorment dans un cimetière sur une colline, cimetière qui, vu de l’avion, ressemble à un énorme bouquet de fleurs blanches constituées par les tombeaux. Phü Quôc a joui depuis longtemps d’une réputation nationale pour son délicieux nuoc mam, sauce de poisson. Toutes les îles du Vietnam sont pittoresques et possèdent les 3 “S” (Sun, Sea, Sand) : immense potentiel touristique à exploiter.

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