LA QUEUE DU DRAGON 8’30’ LATITUDE NORD

Enfin, il m’a été donné de mettre le pied sur la pointe de Cà Mau, l’extrême Sud du pays, la queue du Dragon vietnamien, lequel s’étire sur 1.650 km à vol d’oiseau. J’avais touché sa tête il y a quelques années au village Lung Cü de Hà Giang, parallèle 23°22’ Nord.

J’ai enfin réalisé mon rêve de compléter mon itinéraire Nord-Sud. Nos ancêtres les Viêt, planteurs de riz issus du Dragon1, avaient fait une Longue Marche de huit cents ans pour joindre deux greniers, le delta du Fleuve Rouge et celui du Mékong. Sur la carte, l’essayiste Nguyên Tuân voit la pointe de Cà Mau comme un gros orteil du paysan pionnier, “orteil marqué par la boue alluvionnaire de dix mille lieues”.
Cette pointe se prête à de nombreuses autres interprétations imagées. Pour la poétesse Xuân Quynh, c’est la proue d’un bateau :
“Le cap vert s’élance en avant,
Fendant les ondes bleues de l’océan sans bornes”
La presqu’île pourrait évoquer la tête d’un faucon avec le bec tourné en haut. En vérité, le profil et l’avancée de Cà Mau se modifient constamment. Cette plaine péninsulaire est formée par des alluvions apportées par les courants marins Nord-Est-Sud-Ouest, là où çes derniers rencontrent les courants venant du golfe de Thaïlande à l’Ouest. C’est aini que la queue du Dragon s’allonge toujours plus, la terre gagne sur l’eau une centaine de mètres par an.

Me voici devant la borne terminale de la Route nationale N°1 dont l’ancienne Route mandarine n’était qu’un tronçon. Il y est marqué : Lang Son-Pointe de Cà Mau : 2.351 km, avec une date précise : janvier 1995 pour rappeler que c’est une limite mouvante. À quelques centaines de mètres de là, la dernière avancée se profile avec une rangée de palétuviers qui courent sur une languette de terre nouvellement colmatée. On se sent perdu dans ce paysage envoûtant, face à la mer qui se confond avec le ciel, entouré de masses de palétuviers et de cocotiers aquatiques qui moutonnent sur un terrain marécageux.

C’est la mangrove qui cisèle le visage de Cà Mau. Cette formation lorestière littorale est faite d’arbres qui portent le nom commun de palétuviers, typiques des eaux saumâtres et peu profondes des estuaires et des lagunes. De tels arbres ont des racines aériennes ou émergentes. Chez beàucoup d’espèces, les graines germent dans le fruit encore attaché à la plante mère. Les plantules pourvues de racines, en échasses, tombent et s’enfoncent dans la vase. Des crabes, des crevettes, des poissons… prolifèrent dans ce vivier naturel. Un adage populaire de Cà Mau nous apprend comment les plantes vont à l’assaut de la mer, comment les alluvions font la conquête de l’eau :
Cây tram di truoc,
Cây duoc di sau,
Roi dên dua nuoc,
Cây tràm theo sau.
(Les avicenna foncent en avant,
Viennent ensuite les mangliers,
Suivis de cocotiers aquatiques,
Et de cajeputs.)
Les palétuviers fournissent du charbon de bois et du bois pour bâtir des maisons sur pilotis qui s’alignent au long des cours d’eau. Un petit canot nous amène de Cà Mau-ville du cap, à une vitesse de 60 à 80 km à l’heure pour courir une distance de 120 km. Pittoresque randonnée à travers un lacis inextricable de voies d’eau qui traversent en long et en large l’épaisse forêt aquatique parsemée de hameaux isolés. Remontant plus haut, nous atteignons le Bas U Minh1 (U Minh = Forêt obscure) peuplé de cajeputs (tràm, Maleleuca leucadendron) aux branches desquels sont suspendus d’innombrables nids d’abeilles sauvages, non des ruches faites par les hommes. Les produits chimiques déversés par les Américains pendant la guerre sur les bases de guérilla inexpugnables de Cà Mau et d’U Minh avaient détruit 70% des forêts de la première et 10.000 hectares de la seconde. Au lendemain de la paix en 1975, les autorités avaient fait de grands efforts pour reboiser et convertir les espaces détruits en parcs à crevettes. Les Américains avaient bâti en pure perte la base riveraine énorme de Nam Can pour tenter d’anéantir la guérilla : terrain d’aviation, garnison de 3000 hommes, embarcadère pour une centaine d’unités fluviales.

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Ca-Mau

La province de Cà Mau, détachée de l’ancienne Minh Hai depuis quelques années, a fait peau neuve. Le visiteur pourrait, en dehors des mangroves et du tissu d’arroyos, y faire des découvertes surprenantes : vastes aires où des milliers d’oiseaux viennent déposer leurs œufs au cœur des fourrés, marchés flottants, villages riverains, vergers immenses, plage Khai Long, jardins de mûriers de Câu Tau, Fête de la Baleine deSông

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