RUE DE LA SOIE

Rue de la Soie”, ça rappelle “Route de la Soie” et le livre se vendra mieux. C’est ainsi qu’un auteur français de romans à la mode n’a pas hésité à baptiser son ouvrage : “Rue de la Soie”, bien que ce dernier n’ait presque rien à voir avec la “Rue de la Soie” de Hanoï. Que voulez-vous, c’est du marketing, et le Vietnam est quelque peu à la mode.

La Rue de la Soie (Phô Hàng Dào) est la rue chic du vieux quartier de la capitale, quartier qui s’est établi dès le XVe siècle. Littéralement, Phô Hàng Dào signifie : la rue où l’on vend des tissus teints en rouge. Dès les XlVe-XVe siècles, des villageois, surtout de Dan Loan (province de Hai Duong), sont venus s’y installer, formant la corporation de Dai Loi et exerçant ce métier. On trouve encore dans leur maison communale du N° 90A une ancienne stèle en pierre précisant qu’en 1706, l’édifice a été construit en l’honneur du Génie tutélaire de leur village d’origine, ancêtre et patron des teinturiers.

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La Rue de la Soie mentionnée dans le traité de géographie (Dia du chi) de Nguyên Trai (XVe siècle) faisait partie d’une digue qui séparait le lac Thâi Cuc (Faîte suprême ou grand premier principe) aujourd’hui asséché, du Lac de l’Epée restituée (Hoàn Kiêm). Les deux lacs communiquaient par un canal qui occupait la place de l’actuel Rue du Pont de Bois (Phô Câu Gô) appelée ainsi en souvenir du pont.
Dans son recueil de chroniques “Ecrit au gré de la plume en temps de pluie {Vu trung tùy bût), Pham Dinh Hô (XVIIIe siècle) nous a laissé des tableaux vivants et pittoresques de la Rue de la Soie et de la Rue des Orfèvres où s’étalaient la richesse et régnaient la corruption des autorités et les manœuvres frauduleuses d’une époque troublée. Les attaques françaises de 1873 et de 1882 ont altéré la prospérité de la Rue de la Soie qui ne devait se ranimer qu’à la fin du siècle.

Le visage de la Rue de la Soie a changé à plusieurs reprises au cours de la période contemporaine. Au début du siècle, elle gardait intacts tous ses traits traditionnels : commerce de soieries pratiqué par de nombreuses familles de génération en génération (la teinturerie ayant émigré dans d’autres endroits dont la rue du Pont de Bois) réputée pour ses lettres et ses mandarins, l’attrait de ses filles, jolies et élégantes, expertes en négoce, dont la dot prometteuse tournait la tête aux lauréats de l’Université française nouvellement ouverte. Des deux côtés d’une chaussée mal empierrée longue de 250 m, se chevauchaient une centaine de maisons-boutiques étroites et basses à ravir, dans un désordre charmant, – il n’y avait pas encore de trottoir. Chaque boutique comprenait deux compartiments : le compartiment extérieur doté d’une petite vitrine contenant des boutons, avec une femme, souvent venue de la campagne, jeune ou d’un certain âge, qui était chargée de héler les clients potentiels qui passaient ; le compartiment intérieur où trônait sur un lit la patronne ou sa fille, entourée de grosses vitrines chargées de pièces de brocart {gâm), de satin fleuri (voc), de soie, de gaze… La vente de la soie grège (to sông) comptait aussi parmi les spécialités. Le marchandage restait de mise parce que la marchande annonçait toujours un prix exorbitant. Chaque mois lunaire, aux foires des 1er, 6e, 1 le, 21e, et 26e jours, la Rue de la Soie s’animait. Les gens des villages de tissage y venaient vendre leurs articles : gaze (the) de La Ca et La Khê, filoselle (dui) de Dai Mô, brocart de Van Phüc, satinette (linh) de Buoi. Ils venaient aussi s’y approvisionner en soie grège. Les teinturiers de Cho Dau (Dinh Bang) du Lac de l’Ouest, de Buoi, de la Rue des Teinturiers (Hàng Bông Nhuôm) et de la Rue du Pont en Bois, y recevaient leur commande.

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Au lendemain de la première guerre mondiale, la Rue de la Soie a connu une certaine modernisation. Des Indiens venant des cinq comptoirs français de l’Inde y ouvraient des boutiques vendant des cotonnades, surtout de calicot, du Kaki…, des firmes françaises s’y sont installées (Dumarest, Denis-frères…), certains, des chettys, pratiquent l’usure. Le nombre de boutiques de soieries vietnamiennes décroissait, leur devanture imitant celles des Indiens : grande vitrine, comptoir, enseigne avec caractères en Vietnamien romanisé ou en français (au lieu des caractères chinois pour le nom de la boutique) écrits sur un rideau. La première mercerie a fait son apparition en 1917. Vers les années 30, la Rue était dominée par lesà magasins de nouveautés parisiennes : parfumerie, produits de beauté, feutres, foulards, mouchoirs, cravates… Pendant plusieurs décennies après la libération de Hanoï occupée par les Français de 1946 à 1954, la Rue de la Soie connaît des activités en sourdines, le commerce privé n’étant pas encouragé. C’est à partir du milieu des années 80 qu’à la faveur de l’adoption du marché libre, elle a un regain de vie extraordinaire grâce à un foisonnement d’horlogeries, de merceries, de boutiques de prêts-à- porter, de maisons en béton qui risquent d’ailleurs de la défigurer.

Si étrange que cela puisse paraître, c’est dans cette rue qu’ont commencé à refleurir les traditions du patriotisme et de la culture. C’est aux numéros 10 et 63 que le licencié Luong Van Can (exilé à Poulo Condor) et ses amis lettrés de l’ancienne école ont ouvert vers 1907 le Dông Kinh Nghia Thuc (Ecole libre de la Capitale de l’Est pour la Noble Cause) pour amorcer la lutte contre l’administration coloniale. Son fils Luong Ngoc Quyên devait périr au cours d’une rébellion militaire contre les Français à Thâi Nguyên en 1917.
Pour intimider la population hanoïenne, entassée dans l’ancien quartier qui commençait au nord du Lac de l’Epée restituée avec la Rue de la Soie, les colons français ont décapité sur l’actuelle Place Dông Kinh Nghia Thuc Cà l’entrée de cette rue) le licencié Ta Van Dinh en 1873 et le Premier lauréat du concours régional Nguyên Cao en 1887.

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