DES VESTIGES DE L’ÂGE DU BRONZE ET DOCTEURS ÈS HUMANITÉS

Le voyageur sortant de Hanoï par le sud prend la Route nationale 1, l’ancienne Route Mandarine. Il passe d’abord par la bourgade Van Diên. Au kilomètre 13, il voit se dresser au bord de la route le monument commémorant l’attaque de Ngoc Hôi dont le succès a permis aux troupes du Roi Quang Trung, chef de l’insurrection paysanne Tây Son, de foncer sur Hanoï pour y mettre en déroute les forces d’occupation sino-mandchoués de 200.000 hommes (1789). L’auréole de la victoire militaire la plus retentissante de l’ancien Vietnam est telle que personne ne soupçonne, même parmi bien de Hanoïens, qu’à 5 kilomètres à droite du site se trouve un haut lieu de mémoire qui est autrement séduisant en tant que témoin de l’histoire et de la culture nationales.

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Il s’agit d’un petit village de 700 âmes, Nguyêt Ang, plutôt pauvre, parce que la population y vit essentiellement de la culture du riz, ne connaissant pratiquement aucun métier d’appoint. Pourtant, peu de villages peuvent lui disputer ses deux titres de gloire : la préservation d’artefacts de l’Age du Bronze et la tradition des docteurs ès humanités du Moyen Age.

En décembre 1993, en creusant un fossé près de la mare de la maison communale pour préparer la chaux vive en vue des travaux de réparation, on a mis au jour dans un tombeau en forme de pirogue un cercueil brisé contenant des fragments d’ossements et toute une série d’armes (haches, lances) et de disques en bronze. L’identification de ces objets les situe au IVe siècle av. J.-C. Cette date cadre avec celle du Génie tutélaire adoré dans la maison communale proche de la mare : Công Bô Dai Vuong (Grande Altesse Royale, 3e frère du Roi Hùng Vuong). Son lieu de sépulture est censé être un mamelon sis à quelque cinq cents mètres à droite de la maison communale. Deux fois par an, au printemps (12e jour du 2e mois lunaire) et en automne (12e jour du 5e mois lunaire), la population offre un sacrifice solennel au Génie tutélaire.

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Sous la longue domination chinoise et les dynasties royales indépendantes, tout en subissant une forte influence chinoise, le peuple vietnamien a su préserver le substrat culturel de l’âge du bronze non sans l’enrichir par les apports de la culture chinoise.
Le cas de Nguyêt Ang est édifiant à cet égard. Ce petit village a acquis un grand renom grâce à ses traditions culturelles illustrées par ses nombreux lauréats aux concours triennaux de l’ancien régime. Sur l’esplanade du culte de Confucius, deux stèles de pierre carrées – érigées en 1667 et en 1876 – immortalisent les noms de dix villageois docteurs ès humanités dont un Premier Docteur (Trang nguyên). On est sidéré par le nombre prodigieux de lauréats si l’on pense que beaucoup de villages six ou sept fois plus peuplés n’ont pas compté un seul docteur, voire un licencié.

Mais, plus que par le nombre de ses docteurs et mandarins, Nguyêt Ang mérite de retenir notre attention par un autre aspect : la pérennité de la culture du Bronze, fondement de notre identité culturelle sur laquelle viennent se greffer les éléments étrangers. Les lettrés acquis aux idées confucéennes ont continué le culte plurimillénaire réservé à un prince de l’âge du bronze.

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